Justice
Rubaya et Lomera : Amnesty documente dix-huit creuseurs tués et une route de l'or vers le Rwanda
Amnesty International publie une enquête sur deux mines artisanales tenues par l'AFC/M23 en République démocratique du Congo : la mine de coltan de Rubaya à Masisi et la mine d'or de Lomera à Kabare. L'organisation a documenté la mort de dix-huit creuseurs entre janvier 2025 et avril 2026, des cas d
Par Rédacteur NIE
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Témoignages sur les violences et les détentions
Amnesty International a interrogé cinq victimes et proches de victimes, un agent de santé et un défenseur des droits humains sur la mort de dix-huit mineurs artisanaux. Dix ont été battus à mort, deux abattus à bout portant, six enlevés puis retrouvés morts. À Masisi, un agent de santé et un acteur de la société civile rapportent que sept creuseurs sont morts de leurs blessures dans un centre de santé entre janvier et mars 2026, après avoir été battus ; au moment de l'entretien, deux autres y étaient inconscients. Un cas est daté de février 2025 : un creuseur de vingt-deux ans, marié et père d'une fille d'un an, est battu par six combattants parce qu'il n'avait pas le jeton prouvant sa participation au salongo, le travail communautaire. Une rançon de cent mille francs congolais est réclamée pour sa libération. Ses proches réunissent cinquante-cinq mille francs. Il meurt sur la route de l'hôpital. Un autre cas est daté de juin 2025, dans un centre de détention situé à environ un kilomètre de Lomera. Deux mineurs originaires de Walungu, battus deux fois par jour, se rebellent et frappent une combattante. Un commandant que le témoin décrit comme rwandais donne un ordre de deux mots en kinyarwanda, « Kubita ye ». Les deux hommes sont abattus d'une balle dans la poitrine et leurs corps jetés dans une latrine. En décembre 2025, à Rubaya, un homme de vingt-huit ans qui demande à se reposer est frappé à la poitrine avec une pioche par un chef de fond et tué. Son corps est enterré dans le puits. Son frère, qui dénonce le meurtre, est emprisonné puis condamné à deux semaines de travail sans salaire au fond de la mine.
Systèmes de détention et de travail forcé
Le rapport décrit des cellules souterraines appelées ndake, des trous d'un mètre cinquante à deux mètres de profondeur recouverts de bâches, de rondins ou de terre pour les dissimuler. Plus de vingt mineurs de Rubaya y ont été détenus et battus trois fois par jour. Près de Lomera, un témoin décrit un trou couvert d'une bâche où l'on ne voyait que le haut des têtes, avec une quarantaine de détenus et huit à neuf gardes. Amnesty International avait déjà documenté l'usage de ces ndake à Goma. Le mouvement utilise aussi des conteneurs maritimes : un conteneur rouge à Nyange, sur la route de Rubaya, et deux autres à dix ou quinze kilomètres de la mine. Un habitant de la zone dit entendre les cris des détenus. Les coups sont comptés. Un homme détenu près de Lomera dit avoir reçu quatre-vingts coups le matin et quatre-vingts le soir, en étant contraint de les compter à voix haute. Un mineur de Rubaya décrit trente coups le matin, trente l'après-midi et quarante la nuit, bras et jambes liés. Certains détenus en sont sortis avec des bras ou des doigts cassés. Les rançons relevées par l'organisation vont de trente-deux à trente-trois dollars pour une libération ; dix mille francs congolais, environ quatre dollars, étaient réclamés pour avoir le droit de manger la nourriture apportée par la famille. Le salongo, travail communautaire traditionnel, est devenu obligatoire et son absence sanctionnée. Selon un détenu interrogé, le produit du travail effectué pendant le salongo revient au mouvement, et les détenus creusent les tranchées dans lesquelles les combattants s'abritent pendant les bombardements ainsi que les fosses où sont enfermés les prisonniers.
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