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« Divisés, nous n'existons même pas » : le virage panafricain de Kadhafi en 1999

En 1999, à Syrte, Mouammar Kadhafi fait adopter par l'OUA la déclaration fondatrice de la future Union africaine, après avoir échoué à réaliser l'unité arabe.

Par Rédacteur NIE

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« Divisés, nous n'existons même pas » : le virage panafricain de Kadhafi en 1999
Photo d'illustration© Chapultepec at English Wikipedia, Wikimedia Commons (Public domain)

Du discours de Sebha à l'ouverture de Syrte

Le 15 mars 1997, à Sebha, dans la région du Fezzan, Mouammar Kadhafi appelle à l'unité arabe face aux « dangers » communs : embargo onusien sur la Libye, conflits au Soudan, en Algérie, en Égypte, contentieux territoriaux au Maghreb et en mer Rouge. « Si elle ne parvient pas à réaliser son unité, elle sera perdue à jamais », lance-t-il, selon Jeune Afrique.

Trente mois plus tard, le 8 septembre 1999, le ton change. Au complexe Ouagadougou Hall de Syrte, le leader libyen ouvre le IVe sommet extraordinaire de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) devant quarante-quatre chefs d'État et de gouvernement. Il cite Bismarck, Lincoln, Mao, Garibaldi, Gandhi comme modèles d'unificateurs pacifiques. « Notre mission consiste, aujourd'hui, à réaliser l'unité africaine. Mais, contrairement à Napoléon et à Hitler, qui ont tenté d'unifier l'Europe par la force, nous réaliserons l'unité de notre continent par la paix et le dialogue », déclare-t-il, rapporte le média.

Le lendemain, 9 septembre 1999, les participants adoptent la déclaration de Syrte qui pose les bases de la future Union africaine, acte la naissance des « États-Unis d'Afrique ».

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Les ressorts d'un revirement stratégique

Selon Jeune Afrique, ce basculement s'explique par plusieurs facteurs. Déçu par la Ligue arabe, qui n'a pas dénoncé l'embargo onusien imposé à la Libye en 1992, Kadhafi est « touché » par le soutien des chefs d'État africains lors du sommet de Ouagadougou en juin 1998 sur l'affaire Lockerbie. Certains ont bravé l'embargo pour se rendre à Syrte ou Tripoli.

Parallèlement, l'administration Clinton et le Congrès américain lancent en 1998 une initiative commerciale pour l'Afrique, tandis que le sous-secrétaire Stuart Eizenstat propose un partenariat avec le Maghreb, amputé de la Libye et de la Mauritanie. « Craignant, à juste titre, l'encerclement, Tripoli n'a pas tardé à trouver la réplique : jouer à fond la carte africaine », analyse l'article.

Le 1er septembre 1998, lors du 29e anniversaire de la révolution d'Al-Fateh, Kadhafi officialise sa nouvelle orientation : « Si les Arabes n'éprouvent aujourd'hui aucun intérêt pour la réunification de leur nation, nous autres, Libyens, Égyptiens, Soudanais, et tous les Maghrébins devrions mettre un bémol à nos sentiments et nous réclamer de l'Afrique. » Il résume plus tard ce virage à Amr Moussa : « Je me suis endormi aux côtés de quatre millions de Libyens ; je me suis réveillé aux côtés de sept cents millions d'Africains. »

Ancrages géographiques et historiques

L'article rappelle que la Libye compte trois régions distinctes : la Tripolitaine (ouest), tournée vers le Maghreb ; la Cyrénaïque (est), influencée par le Machrek et l'Égypte ; le Fezzan (sud), en contact avec le Tchad et le Niger. Cette géographie a nourri un « tiraillement politique » entre Machrek, Maghreb et Afrique subsaharienne.

Kadhafi, « féru d'histoire », souligne que la prospérité libyenne a toujours dépendu de sa capacité à relier les profondeurs africaines au monde méditerranéen. Il évoque la route « des deux golfes », du golfe de Syrte au golfe de Guinée, qui alimentait jadis l'Empire carthaginois, associant l'Afrique du Nord aux bassins du Sénégal, du Niger, du lac Tchad, aux fleuves Logone et Chari. Le texte s'interrompt sur l'évocation de la cité de Gao et du Ghana.

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