Afrique
Tchad : Succès Masra libéré par grâce présidentielle, le pouvoir rejette un gouvernement d'union
L'ancien Premier ministre et chef de l'opposition Succès Masra a été gracié le 14 août 2026 par le président Mahamat Idriss Déby Itno après plus d'un an de prison. Huit autres opposants ont aussi été libérés. Les autorités excluent un gouvernement d'union nationale.
Par Rédacteur NIE
· 3 min de lecture

L'opposant tchadien Succès Masra a quitté la prison dans la nuit du 14 au 15 août 2026, bénéficiant d'une grâce présidentielle signée par Mahamat Idriss Déby Itno, selon un décret publié sur la page Facebook de la présidence, rapporte RFI. Il purgeait depuis août 2025 une peine de 20 ans de prison ferme pour « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et « complicité de meurtre » dans l'affaire de Mandakao, des affrontements ayant causé au moins 41 morts, précise RFI. Human Rights Watch qualifie ce procès de « politiquement motivé », selon Jeune Afrique. Huit autres dirigeants du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), condamnés en mai à huit ans de prison pour insurrection, ont été graciés simultanément, indique RFI.
Appel à la réconciliation et proposition d'union
Dès son arrivée au siège des Transformateurs à N'Djamena, Succès Masra a appelé au « pardon, à l'unité et à la paix » devant des centaines de militants, relate Jeune Afrique. Il s'est dit « disponible dès demain matin » pour travailler avec le chef de l'État. Dans un entretien à France 24 cité par RFI, il a affirmé avoir suggéré la formation d'un gouvernement d'union nationale, estimant que « le véritable pouvoir est au niveau de l'exécutif » et que le président « peut décider de mettre en place un gouvernement d'union et de changement ». La grâce ne constituant pas une amnistie, Succès Masra conserve son casier judiciaire et reste inéligible, rappellent Jeune Afrique et RFI.
Réponse du pouvoir : pas de partage du pouvoir
Le porte-parole du gouvernement, Gassim Cherif Mahamat, a déclaré sur RFI que la grâce s'inscrit dans une volonté de « décrisper la situation politique », mais que « la question du partage du pouvoir ou du gouvernement d'union nationale n'est pas du tout à l'ordre du jour ». Il a souligné que le président a renouvelé sa confiance au Premier ministre Allamaye Halina. Le porte-parole conteste par ailleurs la qualité d'opposant de Succès Masra, rappelant qu'il était Premier ministre peu avant l'élection de mai 2024 et que le chef de file de l'opposition est Pahimi Padacké Albert. Le porte-parole du Mouvement patriotique du salut (MPS), Abdel Nasser Garboa, a exclu l'hypothèse d'un gouvernement d'union, jugeant le pays « pas dans une situation de transition », mais n'a pas fermé la porte à une entrée de Succès Masra au gouvernement, à condition qu'il « clarifie son positionnement politique et qu'il se modère », rapporte RFI.
Contexte judiciaire et politique
Succès Masra, économiste de 42 ans, avait été contraint à l'exil au Cameroun fin 2022 après une manifestation réprimée. Il était rentré au Tchad en vertu d'un accord conclu à Kinshasa et avait été nommé Premier ministre cinq mois avant la présidentielle de mai 2024, où il avait obtenu près de 20 % des voix, selon Jeune Afrique. Les avocats des huit dirigeants du GCAP ont retiré leur appel, mais regrettent la « persistance des condamnations », note RFI. Le vice-président des Transformateurs, Ndolembai Sadé Njesada, espère « s'asseoir autour d'une table pour faire avancer la paix ».
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