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Afrique

Quinze ans après Kadhafi, son héritage idéologique divise encore en Afrique

Quinze ans après la mort de Mouammar Kadhafi, une analyse de Virginie Collombier sur RFI Afrique examine la portée du kadhafisme en Libye et en Afrique, entre répression, panafricanisme et mémoire contrastée.

Par Rédacteur NIE

· 3 min de lecture

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Quinze ans après Kadhafi, son héritage idéologique divise encore en Afrique
Photo d'illustration© Hamza Turkia, © European Union, 2010, Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Une idéologie au-delà du Livre vert

Selon RFI Afrique, qui publie un entretien avec Virginie Collombier le 20 octobre 2026, le kadhafisme ne se réduit pas au Livre vert, texte doctrinal central présentant une « troisième voie » anticapitaliste et antimarxiste. La spécialiste de la Libye, professeure à l'université Luiss Guido Carli de Rome, explique que le système de gouvernance de Kadhafi repose sur un ensemble idéologique et institutionnel plus large. L'idée fondamentale est que la souveraineté appartient directement aux masses, organisées à la base via des comités populaires reliés à l'exécutif. La conception économique, souvent rapprochée du socialisme, a évolué dans le temps, tout comme les éléments doctrinaux liés à l'islam. En politique étrangère, les points cardinaux ont été le nationalisme arabe, puis le nationalisme africain et une théorie anti-impérialiste révolutionnaire. Kadhafi arrive au pouvoir en 1969, en pleine Guerre froide, et son action s'inspire des nationalismes panarabes déjà à l'œuvre dans la région, notamment en Égypte avec Nasser, bien qu'il arrive « un peu après la bataille », selon l'analyste.

Répression, centralisation et relations internationales

L'entretien souligne que la perception occidentale du kadhafisme privilégie la répression politique, les conflits régionaux et les accusations de soutien au terrorisme international. Virginie Collombier attribue cette lecture au fait que le régime s'est rapidement trouvé en opposition frontale avec les États-Unis et la France, qui ont tenté de le faire disparaître. La « troisième voie » était perçue comme contraire aux démocraties parlementaires. Malgré un discours sur la démocratie des masses, le système est décrit comme très centralisé, avec une répression forte contre toute opposition politique mais aussi contre les visions contestant l'idée d'une nation libyenne exclusivement arabe, niant la diversité ethnique et linguistique. L'opposition touche aussi l'économie : des secteurs ont souffert des politiques de nationalisation. Parallèlement, le régime utilise les échelons locaux pour installer des interlocuteurs loyaux, pratiquant une « politique répression et récompense ». La redistribution des richesses pétrolières via l'État central, à partir de la fin des années 1960, a accentué cette centralisation. Sur le plan international, Kadhafi se positionne en leader de l'anti-impérialisme et soutient des mouvements considérés comme terroristes par l'Occident (Afrique, Irlande du Nord, Palestine), allant jusqu'à appuyer des actions terroristes, ce qui vaut à la Libye des sanctions américaines puis onusiennes pendant plus de vingt ans.

Un héritage africain contrasté

Selon RFI Afrique, le kadhafisme a eu moins de succès dans le monde arabe que sur le continent africain. La Ligue arabe a lâché Kadhafi, mais de nombreux chefs d'État africains l'ont soutenu dès le premier embargo onusien en 1992. Des tensions rapides sont apparues avec les leaders arabes, notamment l'Égypte, Kadhafi voulant s'imposer comme leader du monde arabe et étant perçu comme un fauteur de troubles. Il opère alors un recentrage sur l'Afrique, la décolonisation et le développement, développant des politiques de soutien et d'investissements qui en font une figure globalement appréciée, avec des nuances selon les pays. Pour le spécialiste Vincent Hugeux, cité par RFI, « l'Afrique est orpheline de héros et Kadhafi était dès lors une icône par défaut ». En 2026, les jeunes générations africaines, majoritaires, ont un souvenir lointain de Kadhafi, note la source, qui s'interrompt avant de développer ce point.

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